Apologie de l'ennui

Apologie de l'ennui

Abbé Antoine D.

Abbé Antoine D.

La paresse est un péché,
L'ennui est une épreuve...

J’aime les idées à contre-courant.

J’aime lorsque l’Eglise dénonce l’oisiveté comme la mère de tous les vices, lorsqu’elle voit dans la paresse une fuite de la responsabilité morale et un péché contre l’engagement de l’homme. Son langage n’est pas celui du conformisme et paradoxalement ce côté exigeant, voire sévère, éclaire singulièrement et par contraste la dignité dont l’homme est revêtu. Elle met en lumière ces petits combats que nous menons tous, - je le suppose-, contre la douce torpeur le matin malgré les appels du réveil, contre l’indolence qui nous étreint devant la télévision ou l’ordinateur le soir, le manque de courage dans nos démarches professionnelles et relationnelles que nous menons quotidiennement. On pourra sourire. La paresse est certainement l’un des péchés extérieurement les plus sympathiques, car il caractérise un certain détachement par rapport aux événements. Il demeure pourtant celui qui épuise notre consistance et vide nos existences du sens qui l’anime. Je suis de nature paresseuse, et Dieu soit béni, je sais qu’il s’agit d’une tendance à combattre.

J’aime aussi l’idée que la paresse, dans un certain sens, est nécessaire. On l’appellerait alors plutôt ennui. Il est en effet bon de s’ennuyer. Celui qui s’adonne à l’ennui et qui domine son ennui apprend à ne plus avoir peur de la durée et de la solitude. Il n’est plus sujet au diktat de l’activisme, qui nous a convaincu que tant que nous remuons, courant d’activités en activités, nous sommes alors plus performants, plus conformes au modèle contemporain. Dans l’ennui, nous apprenons à revenir en nous-mêmes sans avoir l’obligation de combler le temps et l’isolement d’une occupation qui nous donne l’impression de les abolir. Nous prenons aussi mieux conscience de notre personnalité et de ses composantes, parfois fragiles. Le temps de l’esprit reprend ses droits sur nous qui vivons souvent à l’extérieur de nous-mêmes. C’est le temps de la réflexion gratuite, de l’introspection, de la prière et de la contemplation de Dieu. Certains psychologues pour enfants recommandent aux parents de ne pas avoir peur que leurs enfants puissent s’embêter. C’est un espace concret de liberté pour eux, car ils perçoivent que leurs parents n’ont pas la main mise sur tous les aspects de leur vie. C’est aussi en s’ennuyant qu’on perçoit le besoin radicale que nous avons des autres et l’ennui nous motive à désirer les rencontrer. Si les temps d’ennui sont évacués par des activités exutoires, par exemple les jeux sur internet, comment nourrir en nous le besoin de l’autre ?

A force de ne plus accepter l’ennui comme une dimension de notre existence, plus ou moins longue selon les personnes, nous nous sentons démunis lorsque nous y sommes confrontés.

Abbé Antoine DEVIENNE +

par Abbé Antoine D. le 30/01/2011

Membres