Colère

Colère

Abbé Antoine D.

Abbé Antoine D.

Votre voisin meurt d’envie de vous faire visiter les installations qu’il vient de pratiquer dans la sous-pente de son appartement. Les travaux mettent admirablement en valeur cet espace perdu, et votre voisin n’en finit pas de décrire les trésors d’astuce qu’il a déployés pour arriver à ce résultat. Au bout de trois minutes, votre esprit est déjà parti ailleurs et vous ne faites plus attention à ce qu’il dit et ponctuez de commentaires distraits l’interminable description : « ah bon ? » ; « vraiment »… Vous ne prenez plus garde au local exigu et par un mouvement malheureux, en vous retournant, vous vous heurtez contre le plafond trop bas. Votre petit dernier qui vous a accompagné ne peut s’empêcher de lâcher un fort éclat de rire. A la fois surpris et douloureux, un accès de colère vous prend et la pauvre petite tête blonde prend une claque que vous lui assénez. Ce réflexe malheureux est le fruit de votre colère. Elle est immédiate, instinctive. A peine le geste achevé, vous regrettez amèrement votre geste. Vous vous confondez en excuses auprès de votre progéniture ou au contraire essayez de vous justifier en l’enguirlandant encore plus.

Vous avez été le jouet d’un accès de colère. Il est déplorable, lamentable, mais ce n’est pas de cette colère dont je veux parler car c’est la colère d’un instant, pratiquement involontaire. En effet, il existe une colère bien plus insidieuse, lancinante, envahissante. Elle s’accumule au long des jours. Elle s’appuie souvent sur un sentiment d’impuissance, sur une incapacité rentrée longuement recuite au creuset de votre esprit inquiet. C’est une mixture qui se compose lentement, généralement contre son conjoint, un collègue de bureau, un voisin qu’on juge indélicat, un cousin avec qui on a toujours été en concurrence. Elle s’émaille de petites frustrations et débouche sur une haine ordinaire. C’est cette colère qui travaille votre esprit pendant de longues heures. Vous voulez prier ? Voilà que l’objet de votre colère revient. Vous échafaudez des dizaines de scénarii de vengeance dans lesquels vous vous complaisez, mais que vous ne réaliserez jamais. Vous vous en prenez alors à Dieu, estimez que la prière est bien asséchante, voire inutile. C’est la colère-machine-à-laver-le linge, qui, à l’instar de vos effets personnels, n’en finit pas de tourner dans votre esprit. Votre velléité à régler le problème relationnel, souvent fondé sur des petits riens agaçants, vous laisse un goût amer dans la bouche et dans le cœur.

Ai-je un remède à vous proposer ? Prenez les devants ou laissez tomber. La posture intermédiaire est la plus nocive. Vous risquez même d’en faire une habitude dont vous ne pourrez plus vous passer. Bien que vous vous en défendiez, vous risquez de vous y enfermer et de ne plus vivre que par cette colère. Un petit passage par le confessionnal peut s’avérer très utile.

P. Antoine DEVIENNE

par Abbé Antoine D. le 19/02/2011

Membres