L'orgueil

L'orgueil

Abbé Antoine D.

Abbé Antoine D.

Je me résous maintenant à aborder le péché fondamental qu’est l’orgueil. La tradition chrétienne nous offre des tableaux extraordinaires pour illustrer ce péché. En fait l’orgueil n’est pas un péché au sens propre du terme (il ne s’agit pas d’une action). C’est avant tout un état d’esprit, une manière de se considérer par rapport aux autres et à Dieu. L’orgueil est d’abord une détermination de soi par rapport aux autres et par rapport à Dieu. L’exemple type de l’orgueilleux n’est pas humain, mais angélique et on le rencontre dans la personne de Satan. Satan présente le paradoxe profond d’être une créature spirituelle créée par Dieu, bonne dans les mains de Dieu, mais devenu mauvaise en refusant la main de Dieu qui l’a porté du néant à l’existence. Cette possibilité de refuser son créateur est caractéristique de la liberté, qualité commune aux êtres spirituels. On représente alors Satan comme un très beau jeune homme (c’est un ange…) dont les ailes de chauve-souris (c’est un démon...) se replient sur lui-même comme pour échapper à la lumière divine. La tradition reporte sur les lèvres de l’Orgueilleux une citation du prophète Jérémie : Non Serviam – Je ne servirai pas. Evidemment, parler ainsi de l’orgueil en se référant à Satan est un peu gothique. C’est excitant de regarder un film sur les vampires ou sur la damnation de Faust. On flirte dangereusement avec la fascination du satanisme, et toutes les rebellions, toutes les transgressions qu’il porte en lui.

Pourtant il existe un orgueil concret, bien humain, qui se déploie dans le temps et pétrifie progressivement l’homme. Il peut se traduire par la vanité (je suis le meilleur), l’arrogance (les autres sont pitoyables), ou le scepticisme (je suis trop avancé pour être concerné), le désir d’une autonomie absolue (je n’ai besoin de personne ; j’ai ma conscience pour moi). L’orgueil, au sens religieux, peut se manifester lorsqu’on exclut Dieu de ses relations. Je ne parle pas ici des athées sincères et honnêtes. Je parle des croyants orgueilleux (on peut être orgueilleux et croire en Dieu, les démons des évangiles l’attestent bien). Selon eux, Dieu doit être à sa place,- comprenez à distance-, il ne doit pas interférer avec leurs affections, qui sont par la force des choses, centrées sur eux-mêmes, et certainement pas sur ce qu’ils estiment être leur domaine réservée.

Quel remède apporter à l’orgueil ? Ici nous sommes aux prises avec le père des péchés. Les recommandations pourraient s’avérer dérisoires d’autant plus que le narcissisme contemporain n’aide pas au détachement de soi. Le Christ indique une voie radicale : « Qui perd sa vie la sauvera. » La prière, conçue non pas comme une technique de relaxation ou de méditation, mais comme une relation à Dieu, me semble le remède souverain. Si le besoin s’en fait sentir, le recours au confessionnal est comme toujours très salutaire.

par Abbé Antoine D. le 03/12/2011

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