la Trinité autour de la table...

la Trinité autour de la table...

Abbé Antoine D.

Abbé Antoine D.

Quel meilleur moyen de prendre l'image d'un repas pour parler du mystère des mystères?

Si l’on vous demande un jour de parler de la Trinité, il est possible que vous suspendiez votre souffle un instant, à la fois pris par le caractère inopiné de la question (vous ne vous y étiez pas préparé) et l’effroi d’une explication à donner dont vous craignez qu’elle ne soit pas aussi claire que ce que vous espéreriez. C’est souvent en buvant un café ou en réparant le siphon de votre lavabo que ces questions aussi profondes sont posées. Enfin vous pourriez pressentir un piège. Votre interlocuteur n’est pas chrétien et vous le soupçonner de vous enferrer dans vos explications maladroites desquelles vous n’arriverez pas à vous en tirer.

Si cela m’arrivait, et cela m’arrive, d’en parler, voilà comment je procéderais.

En premier lieu, je dirais que lorsque que je parle de la Trinité, je ne dis pas ce qu’est Dieu, mais qui est Dieu. La Trinité ne porte pas sur ce que Dieu fait, mais sur ce que Dieu est. Je mettrai en garde mon interlocuteur sur la part de difficultés liées au mystère de Dieu, inhérentes à sa grandeur et à sa perfection. J’ajouterais que Dieu est esprit et qu’en tant que tel, la manière imagée et concrète des hommes a parfois du mal à rendre compte de ce qui n’est précisément pas matériel et corporel. Enfin je rassurerais mon interlocuteur en disant que je n’essaie pas d’esquiver la question, mais qu’au contraire je la traite avec ces préalables.

Maintenant, venons au fait. Une comparaison s’impose. Imaginez vous entrant dans une salle à manger. Autour de la table se trouvent réunis trois personnes qui partagent un repas. Leur entente est parfaite, l’un servant l’autre. Une harmonie parfaite les unit. Ce repas est un peu magique : il n’a jamais cessé. Je veux dire que les trois convives sont de toujours à toujours autour de la table. Vous êtes de plus en plus attentif et comprenez que ce qui est marquant est l’harmonie, la bienveillance et l’amour qui sont perceptibles en eux. Ce qui vous marque est moins l’identité de chacun des convives, que les relations qui les unissent les uns aux autres.

Vous faites un petit effort, car il s’agit de parler de la Trinité, et vous rendez compte que leur relation est encore plus forte, plus réelle que le fait de repérer qu’il y a trois personnes autour de la table. Ce que nous appelons « personne divine » ne sont pas l’un des trois personnages, mais la relation qui les relie entre eux. Nous passons de ce qui est visible (les trois personnages) à ce qui est proprement spirituel (les relations). Il existe une unique entente, une unique concorde dans ce repas, et cette concorde induit trois relations, comme les trois côtés d’un triangle. Dans ce cas, on peut comprendre comment il est possible de dire qu’il n’y a qu’un Dieu unique (l’amour) et en même temps trois personnes divines (la relation qui est présente dans l’amour). Bien sûr, il va falloir étoffer le propos, il y a quelques nuances à apporter à ce que je dis. Pourtant par cette image la représentation de la sainte Trinité n’est pas de prime abord une absurdité mathématique.

Un grand théologien, saint Thomas d’Aquin, parlait des personnes divines comme des « relations subsistantes ». Dieu est en relation avec lui-même. En tant qu’il aime, nous le nommons le Père. En tant qu’il est aimé, nous le nommons le Fils. En tant qu’il unit celui qui aime et celui qui est aimé, nous le nommons le saint Esprit. Ces noms n’ont pas été inventés au hasard. Ce sont ceux que Notre Seigneur Jésus a employés pour décrire la Sainte Trinité, dans laquelle il est lui-même le Fils.

Parfois on reproche aux Chrétiens d’être faussement des monothéistes et d’être plutôt des polythéistes croyant en trois divinités, (le Père, le Fils et le Saint Esprit). Cela serait vrai si nous croyons que la relation d’amour est extérieure à Dieu. Or vous l’avez compris, si je parle comme saint Jean qui affirme que Dieu est Amour, cet amour unique suppose la relation, ce que la foi en la Sainte Trinité affirme. Les Juifs et les musulmans affirment à l’inverse qu’en Dieu il n’y a pas de relation fondamentale. A ce titre, ils reprochent aux chrétiens d’être ambigus par rapport à l’unicité de Dieu. Nous pourrions rétorquer que si Dieu exclut la relation, d’abord en lui-même, comment peut-il, comme créateur, créé des êtres qui sont marqués par le fait d’être en relation les uns avec les autres ?

Abbé Antoine DEVIENNE +

par Abbé Antoine D. le 30/01/2011

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