Quelques considérations sur un péché capital : la luxure

Quelques considérations sur un péché capital : la luxure

Abbé Antoine D.

Abbé Antoine D.

La luxure

Rien que d’écrire le nom de ce péché, je sens que j’ai les doigts qui brûlent. Le prêtre célibataire que je suis se risque dans les zones périlleuses des péchés liées à la chair. Etant enfant, je n’en avais qu’une vague idée. Le mot « luxure » ressemblait au mot « luxe » et j’identifiais souvent les « luxurieux » avec ces sultans orientaux qui se prélassaient langoureusement dans leurs harems, cajolés par leur tribu d’épouses, tout en dévorant des pâtisseries libanaises et en fumant du narguilé. Le secret des sérails se refermait sur eux-mêmes et je n’avais qu’une très vague idée de ce qu’on pouvait bien y faire. Malheureusement la luxure n’a rien d’aussi exotique que cela.

La luxure, telle que je la comprends maintenant que je suis adulte, est plus sordide que cela. Elle est un péché de petit chat écorché. Le luxurieux cherche dans les sensations qu’il pourchasse la sécurité, l’exaltation et la jouissance qu’il ne trouve pas dans sa vie courante. Cela se traduit souvent par la petite excitation de s’abandonner sur des sites pudiquement appelés « de charme » sur internet, les errances d’un soir ou d’une nuit soutenues par un groupe de connaissance en boite de nuit, les rencontres rapides, réelles sur le plan physique mais vides sur le plan humain de celui ou de celle qui apportera une petite exultation passagère. Le luxurieux détruit progressivement sa foi dans l’amour et ne cherche plus dans l’autre que le moyen d’obtenir une petite sensation de plus pour sortir de la frustration ou de la routine.

Le luxurieux peut se révéler gourmet. Il consomme les amours passagères, comme on consomme un vin ou une cigarette. Il lui arrive souvent de parler de ses expériences comme d’un repas. Consommer est le mot juste. Une chose « consommée » est forcément détruite. Le luxurieux est un prédateur, qui confond les personnes humaines avec les choses inertes. Généralement le luxurieux, comme un drogué, se contentera de ses habitudes médiocres ou au contraire partira à la recherche d’un surcroit de sensation plus forte, entrant dans un monde d’angoisse et de solitude. Avec ce dangereux mélange, qui lie ensemble l’excitation de la transgression, la honte de l’inconduite, le renoncement à l’innocence de l’enfance et l’ivresse, le luxurieux peut devenir une âme en peine, qui traverse la vallée de l’amour pour ne rencontrer que quelques rares sources amères.

Quel remède apporter ? Il y en a trois. Le premier remède est l’abstinence. Par elle, le luxurieux rencontrera à rebours le désir qui habite en lui. Il prendra la distance nécessaire pour dissocier le besoin du désir, le moyen de la personne, la prédation de l’amour. Cela risque d’être pénible s’il est entravé dans ses habitudes, mais c’est le prix qu’il faut payer, pour se retrouver soi-même. Le deuxième moyen est la prudence. Les choses ne viennent jamais sans volonté et sans cause. Le luxurieux apprend à connaître ses habitudes et l’enchainement des choses. Il doit supprimer les occasions de tomber, quitte à sublimer ses passions par des activités artistiques, sportives, culturelles ou sociales pour retrouver le goût des choses. Le troisième est un tour au confessionnal où il comprendra que l’amour qui l’attend est plus grand que ses errances.

Abbé Antoine DEVIENNE

par Abbé Antoine D. le 21/06/2011

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